Black Feminism : les questions de la race éludent-elles celles du genre ? (2)

Black Feminism : les questions de la race éludent-elles celles du genre ? (2)

Je suis allée visiter quelques sites afros et j'ai vu qu'on parle souvent de LA femme noire, LA femme africaine, LA femme antillaise, sans que cela ne semble poser de problèmes.
C'est précisemment contre cette essence que l'on attribue aux femmes noires parce qu'elles sont femmes et noires qu'Angela Davis, et le Black Feminism plus généralement, luttaient.
Cette idée de "LA femme" se trouve partout, mais le féminisme a déjà contesté l'essentialisation des femmes en LA femme, mais ss prendre en compte les spécificités des femmes non blanches, du coup on dirait que parce ds notre société française l'idée "LA femme" n'est pas contestée chez les non -blancs elle se trouve renforcée par deux choses pour aller vite :
- le fantasme et/ou l'envie d'exotisme des blancs "ahhhhhhhh la femmme noireee, hummmmmmmmmmmm"
- la fierté des noirs qui d'une certaine façon réifie l'image des femmes noires en "La femme noire" poour en faire une icône belle, suave, qui redonne une sorte de fierté à des sociétés méprisées par l'Occident

Attention :
- je ne dis pas qu'il ne faut pas lutter contre le racisme
- je ne dis pas que lutter contre le sexime est plus important
- je ne dis pas que les populations non blanches "n'ont pas conscience qu'il faut lutter contre le sexisme"

je dis juste que :
- il est intéressant de réfléchir sur le fait que des identités se croisent
- la lutte contre le sexisme doit compter autant que la lutte contre le racisme et que le féminisme devrait tenir compte des spécificités du fait d'être une femme dans nos sociétés lorsque l'on est pas blanche

Il faudrait peut-être que des "Angela Davis" apparaissent dans les populations africaines, antillaises, arabes, et non blanches d'une manière générale, pour que le féminisme portent des revendications qui soient moins partielles.


Deux ouvrages qui peuvent aider à nourrir cette réflexion

- Black feminism. Anthologie du féminisme africain-américain 1975 - 2000
Elsa Dorlin (dir.)

- Sex, Race and Class, and the futur of Feminism, Joana Russ (ouvrage cité précedemment)

# Posté le mardi 18 novembre 2008 16:59

Modifié le lundi 08 décembre 2008 18:32

Un commentaire qui résume à peu près tout

Le prochain article sera bien sur le "Black féminism" mais je fais une petite entorse au programme car j'ai reçu un commentaire qui me semble-t-il résume en quelques lignes, l'essentiel de ce que j'ai mis dans mes articles.

Je ne connais pas cette personne, mais j'ai envie de montrer ses propos


"Ben, personne n'est strictement identique à une autre personne. Et entre la plus extrème des féminités et la plus extrème des masculinité, il y a énormément de variables. Donc, la séparation des genres est quelque chose d'assez arbitraire, on voit souvent par exemple des femmes aux traits plus masculins que certains hommes, et pour ce qui est de la force physique, j'ai connu pas mal de femmes plus fortes que moi. Pour ce qui est des comportements influencés par la biologie, il me semble que "l'instinct maternel" n'est pas non plus quelque chose de si naturel (je reste timide car je ne connais rien au sujet), il est inégal selon les femmes (ça c'est de l'observation), et je crois savoir de manière plus officielle (vu une émission l'autre jour à la télé) que chez l'être humain, le lien familial est totalement culturel (dans l'émission, on disait que sans le lien affectif fort qui nait pendant l'allaitement, il y a aucun autre lien spécifique entre la mère et son enfant, qui devient assez vite un individu lambda).

La disparition des genres fait peur, parce qu'on à peur, par exemple, que toutes les filles se mettent à ressembler à Jean Gabin. Mais non, je ne crois pas que ça fasse disparaitre les différences biologiques et de comportement qui sont si enrichissantes et attirantes... simplement il n'y aura plus de limite arbitraire qui fait que les gens doivent entrer dans un moule qui les étouffe (bon...le sujet et long et ne peut pas être exprimé en 3 mots). Personnellement, pour moi le plus important n'est pas tant la disparition officielle des genres, mais plutôt que l'on reconnaisse une identité-e propre à chaque individu, qui elle est totalement indépendante du sexe, de l'age, de la classe sociale etc... Un respect de l'individu, et en même temps du groupe, qui fait une société humaniste... la reconnaissance de la même humanité, et de soi-même, chez chacun-e d'entre nous... je ne sais pas trop comment exprimer ça, mais il me semble que c'était dans les aspiration d' il y a quelques décénies, époque dont on se moque aujourd'hui et les projets humanistes en général.

En bref, respect de l'être profond de chaque personne. Pour illustrer ça, que je croise une vielle dame ou un enfant mâle, ou intersexué-e, je croise toujours quelqu'un dont la personnalité à autant de valeur, et mon/ma semblable, et c'est à ce titre là que nous sommes tous/toutes éga-ux-les... et en même temps tous tellement différents (et vive la différence).
Pardon pour autant de blabla aproximatif, je n'ai pas de blog alors je squatte... "


Je trouve que presque tout est dit, et ce très simplement. C'est beau, ça donne de l'espoir
Thank you.

# Posté le mardi 11 novembre 2008 10:56

L'altérité (1)

L'altérité (1)
(Prochain article : Black feminism, questions de la race et du genre, la première élude-t-elle la seconde ?)


L'altérité qui peut être défini comme les constructions de l'autre, et la reconnaissance de l'autre dans la différence fera l'objet de cette article.

L'objet de ce blog qui est d'analyser les fondements des identités binaires des genres masculins et féminins permet de s'interroger sur l'altérité car la construction du genre s'explique par le fait de donner du sens à la différence.


Mais on ne saurait réduire les questions de l'altérité au genre car différentes altérités peuvent se croiser : le sexe, la race et les classes sociales. Le livre de Joanna Russ "sex, race, class, and the future of féminism" explique ces trois dimensions de l'altérité.

Concernant le genre on peut voir que même si nous sommes nombreux à penser que ces notions de masculins et de féminins sont d'éternité, c'est au XIXe siècle que l'on a établi des différences voulues irréductibles entre hommes et femmes. Il s'agit donc d'une construction de l'époque contemporaine en occident que l'on applique à toute l'histoire de l'humanité. Une analyse des autres périodes de l'histoire, antique, médiévale et moderne sera faite dans un autre article.

L'altérité concernant le genre se construit autour des questions de la vie quotidienne en faisant de la différence sexuelle une différence fondamentale. C'est à dire que parce qu'il y a des mâles et des femelles dans la nature, et on décide d'appliquer en plus du sexe naturel (pénis d'un côté et vagin de l'autre) un sexe social (masculin ou féminin) qui se veut comme une réponse logique au sexe naturel. Ceci est une manière de nier l'humanité et les spécificités de chaque individu en décidant qu'il y L' homme et LA femme et non pas des hommes différents les uns des autres et des femmes différentes les unes des autres. Il s'agit de l'essentialité, c'est à dire de considérer que nous avons une essence, une nature d'homme et une nature de femmes. Ce sont les mêmes types d'arguments essentialistes qui ont légitimé la suprématie de la race blanche sur les autres races. Pourquoi acceptons-nous aujourd'hui de remettre en cause l'idée d'une essence, d'une nature noire, ou d'une nature blanche, et pourquoi ne voulons-nous pas remettre en cause l'idée d'une nature d'homme et d'une nature de femmes?

En biologie il est peut-être plus pertinent de parler de L'homme et de LA femme car on retrouve d'un côté des données mâles et de l'autre des données femelles, mais la psychologie n'est pas sexué. Autrement dit notre cerveau, notre esprit n'est ni homme ni femme, mais la conscience d'être né avec un sexe mâle ou un sexe femelle amène à se considérer selon les critères que fixe la société.
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# Posté le lundi 08 décembre 2008 18:42

L'altérité (2)

L'altérité (2)
C'est ainsi qu'au XIXe siècle dans la construction des masculin et féminin dans un premier temps, puis l'affirmation de la suprématie du masculin sur le féminin, il a été donc établi que :

"L " 'homme est du côté de :

- la culture
- le public
- la politique
- la rigueur
- la méthode



"LA" femme est du côté de :

- la nature
- le privé
- le social
- l'intuition
- l'amateurisme


Etc...

Vous voyez bien les différences entre chaques catégories selon que l'on est homme ou femme. Et c'est selon ces définitions que l'on a éduqué filles et garçons pour qu'ils deviennent non pas des individualités qui s'affirment en ayant le sentiment d'appartenir à un même très grand ensemble à savoir l'humanité, mais pour qu'ils deviennent d'un côté L'homme et LA femme.

Les détracteurs du féminisme, ou de toutes formes de réflexions sur le genre considèrent que le rôle donné à l'éducation est abusif car il y aurait selon eux des comportements masculins et féminins qui seraient innés. Pour cela ils citent la science et les hormones et critiquent les arguments sociologiques et historiques par exemple. Nous pouvons répondre alors en utilisant aussi la science et citer une neurobiologiste Catherine Vidal qui a décidé de remettre en question le lien entre les hormones et la psychologie dans le Cerveau a-t-il un sexe?.
Elle y montre qu'on a abusivement établi que ce sont la testostérone d'un côté et les oestrogènes de l'autre qui nous font penser. Elle a pratiqué une série de tests sur les hommes et les femmes d'un côté pour montrer que si au début on trouvait des décalages entre eux notamment sur les questions de répérage dans l'espace (à l'avantage des hommes) et du langage (à l'avantage des femmes) par la suite les écarts se réduisaient considérablement selon les hommes et les femmes que l'on testaient. Les hommes qui pratiquaient un sport comme le football réussissaient au test de répérage dans l'espace et les femmes d'intérieures, mère au foyer par exemple, réussissaient au test du langage. PLus on diversie et en prenant par exemple des femmes actives on voit qu'elles aussi réussissent dans le repérage de l'espace. La conclusion est que les comportements qu'on observe d'un côté comme de l'autre sont le résultat d'une éducation, d'un parcours dans la vie. Education est à comprendre ici au sens large à savoir : parents, expérience à l'école, sports pratiqués, musiques écoutées etc...

Un sociologue ou un historien culturaliste dirait que "l'éducation détermine la place dans la société et le rapport au monde" par exemple et Catherine Vidal, une neurobiologiste donc une scientifique dit "la plasticité du cerveau est telle qu'elle permet d'intégrer tout ce qui ressort de nos expériences et nous façonnent par la suite, notre destin n'est pas inscrit dans nos gênes". Avec des méthodes et des approches différentes on arrive à la même conclusion. Il ne sagit pas de dire que Catherine Vidal ou d'autres seraient LA vérité qu'il manquait au monde mais de dire que des fondements peuvent être sérieusement remis en question et aboutir à des conclusions qui n'arrangent pas que la moitié des êtres humains.

Nous sommes aujourd'hui des héritiers de définitions des masculins et féminins c''est pourquoi nous pouvons aimer plus le foot d'un côté et le maquillage de l'autre. Ceci dit, on constate une réelle évolution dans l'éducation, même si bcp de clichés restent tenaces. Mais la pratique de plus en plus grandes par les petites filles de sports collectifs leur permet par exemple d'entrevoir un autre avenir que celui de Barbie ou Blanche neige. "Dieu" soit loué.

# Posté le samedi 08 novembre 2008 04:47

Modifié le lundi 08 décembre 2008 18:47

La nature ou le déni de notre faculté de penser (1)

La nature ou le déni de notre faculté de penser (1)
Beaucoup de gens expliqueraient aujourd'hui qu'il est compréhensible, voir tout à fait normal de cantonner les hommes dans une certaine identité et les femmes dans une autre, en sachant que chacunes de ces identités déterminent des rôles prédéfinis. Quel sera l'argument pour défendre cette idée : LA NATURE !

Oui, la nature, il n'y a que ça de vrai il paraît. Mais comment considérer la glorification de certaines données naturelles, sachant que ce sont certaines d'entre-elles comme la différence sexuelle mâle/femelle qui sont à l'origine d'idéologies sexistes ?
On appellera "nature" ce qui est donné, qui existe avant nous, que nous n'avons pas crée, et nous pouvons réfléchir sur ce que nous être humains transmettons dans le déni de notre faculté de penser en prétendant suivre ce que la nature impose.

Pour moi, nous ne sommes plus au stade où nous devrions prendre la nature comme référent pour expliquer nos choix, car la nature ne détermine rien, mais nous l'interprétons et faisons ensuite comme si elle nous impose des choses.
La force physique est à tort glorifiée pour expliquer que les hommes aient une certaine supériorité par rapport aux femmes car ce n'est pas la force physique qui a permis à l'être humain de survivre, mais son intelligence qui en se développant à chaque siècle lui permet de se protéger (tant bien que mal) contre les phénomènes naturels, et d'améliorer sa qualité de vie. La force des bras n'est qu'un moyen mis en oeuvre pour répondre aux commandements de notre intelligence afin de créer par exemple des vêtements pour ne pas mourir de froid, créer des maisons et tout ce qui fait le quotidien.
La nature ne détermine pas nos vies, car notre intelligence s'adapate et tous les savoirs techniques en se développant ont déjà contourné ce qui étaient vus avant comme des obstacles naturels. Après on peut discuter le fait d'utiliser son intelligence pour selon certains aménager et selon d'autres endommager la nature. Ici il ne s'agit pas de savoir si c'est bien ou mal d'agir sur ce qui est naturel, mais il s'agit de voir que peu importe le jugement de valeur qu'on peut émettre, l'être humain est capable par son intelligence de faire casiement ce qu'il veut et ce ne sont ni les organes sexuels, ni la force des bras qui ont été déterminants.

La conception d'une maison vient de l'intelligence architecturale, de calculs mathématiques et de la connaissance de données sur le sol où l'on veut construire la maison. La force des bras n'intervient que lorsque le projet de maison est réussit et il suffit juste de la faire exister concrètement. Ce ne sont pas les bras qui font tenir la maison, mais la justesse des calculs des ingénieurs, donc encore une fois l'intelligence, et les bras mis au service de l'intelligence construisent la maison. Il ne s'agit pas ici de glorifier le travail intellectuel sur le travail manuel mais juste de montrer encore une fois que c'est l'intelligence qui détermine si oui oou non telle idée est réalisable et pas la nature. La force physique ne fera pas non plus l'être humain survivre en forêt, il se fera à coup sûr bouffer par des animaux. Ce qui peut l'aider à survivre ? La ruse par exemple, donc encore une fois l'intelligence.

Tout cela pour dire que nous sommes dans un monde où nous avons refusé d'être plus que des mammifères mâles et femelles, alors que nous sommes bien plus que ça. C'est notre intelligence qui juge la nature et qui l'interprête mais nous faisons comme si la nature nous imposait des directions et nous rentrons alors dans le déni de notre faculté de penser.
Dans le monde animal il y a des mâles et des femelles, ils ont des rôles prédéfinis. Mais nous avons quelque chose en plus qu'eux, non ? Moi je crois que oui. Quand je dis "en plus qu'eux " je ne veux pas dire "en mieux", mais "en plus", donc en quantité, sans connotation péjorative (j'aurais presque tendance à envier les animaux...) : nous, nous avons un esprit qui fonctionne (mal...).
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# Posté le lundi 08 décembre 2008 18:55